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Ergonomie en open space : 5 bonnes pratiques

L’open space s’est imposé comme le modèle dominant d’aménagement des bureaux en France. Mais le bien être en open space est encore un objectif à atteindre.

Flexible, collaboratif, économique mais sur le terrain, c’est souvent une autre histoire. Bruit permanent, postures inadaptées, lumière mal orientée, pas d’espace pour se concentrer…

Les entreprises qui se penchent sur l’ergonomie en open space découvrent rapidement que les problèmes ne viennent pas de l’open space en tant que concept, mais de la façon dont il est conçu et aménagé.

Mal pensé, il génère fatigue, erreurs, tensions et arrêts maladie. Bien pensé, il devient un vrai levier de performance et de qualité de vie au travail. Voici les bonnes pratiques, les normes applicables et ce que vous pouvez faire concrètement pour y parvenir.

L'open space en France : un modèle dominant mais mal maîtrisé

Quelques chiffres

L’open space n’est pas une tendance passagère. Selon l’Observatoire Actineo de la qualité de vie au bureau, plus de la moitié des actions d’aménagement des bureaux en France se font aujourd’hui en open space. Et la tendance ne faiblit pas, notamment avec la montée du flex office après la crise sanitaire de 2019.

Pourtant, les chiffres associés à ce modèle donnent à réfléchir :

  • La surface moyenne par collaborateur a chuté de 25 m² dans les années 1970 à environ 15 m² aujourd’hui.
  • Le bruit est la première nuisance citée par les salariés travaillant en espace de bureau ouvert.
  • Des mesures en situation réelle ont relevé des niveaux d’exposition sonore moyens de 74,8 dB en open space, bien au-delà des exigences de la norme NF S 31-199.
  • Les troubles musculosquelettiques (TMS) restent la première maladie professionnelle reconnue en France

Ces données ne sont pas là pour condamner l’open space. Elles signalent simplement qu’il existe un écart important entre ce que ce modèle promet et ce qu’il délivre quand il est conçu sans méthode.

Pourquoi tant d'entreprises négligent l'ergonomie en open space

La majorité des open spaces souffrent des mêmes erreurs de départ lors de l’aménagement des bureaux :

  • La décision d’aménagement est principalement guidée par le coût immobilier (réduire les m², économiser sur le mobilier), pas par une analyse de l’activité réelle des équipes.
  • Le mobilier ergonomique est choisi sur catalogue, sans réflexion sur les postures, les tâches ou les interactions propres à chaque métier.
  • Les salariés ne sont ni consultés ni associés au projet, alors qu’ils sont les premiers concernés par les conditions de travail qui en résultent.

Le résultat est prévisible : des collaborateurs qui mettent des casques pour s’isoler du bruit, des arrêts de travail qui progressent, et une productivité en dents de scie. Pas parce que l’open space est mauvais par nature, mais parce qu’il a été conçu sans tenir compte du travail réel.

Les 5 piliers de l'ergonomie en open space

1. L'acoustique : le défi numéro un

Le bruit est l’ennemi n°1 de la concentration en open space. Il ne s’agit pas seulement d’un inconfort : le bruit chronique est reconnu comme facteur de risque psychosocial par l’INRS et peut générer stress, erreurs et démotivation sur le long terme.

Un point important à connaître pour les décideurs : les systèmes de masquage sonore (bruit blanc) ne sont pas recommandés. Une étude menée dans un établissement bancaire a montré qu’après installation d’un tel système, les salariés ressentaient une gêne accrue liée aux bruits d’équipement, sans réduction notable de la gêne liée aux conversations. Ces solutions sont souvent vendues avec des promesses commerciales (« bulle de silence », « contre-son ») qui ne correspondent pas aux résultats mesurés sur le terrain.

Voici quelques alternatives efficaces :

  • Panneaux absorbants acoustiques au plafond et aux murs pour réduire la réverbération.
  • Cloisons phoniques et parois de séparation entre les postes ou groupes de postes.
  • Cabines acoustiques (phonebooths) pour les appels et les tâches nécessitant une concentration soutenue.
  • Zoning par activité : séparer physiquement les zones bruyantes (collaboration, téléphonie) des zones calmes (concentration individuelle).

2. L'organisation spatiale : penser l'espace à partir de l'activité

L’erreur classique est de concevoir l’open space comme un plateau homogène où l’on place des postes en rangées régulières. Cette approche ignore la diversité des tâches et des interactions selon les métiers.

Les normes françaises fixent un cadre minimal :

  • Espace (NF X 35-102) : 10 m² par personne minimum pour un poste seul, 11 m² par personne en bureau collectif calme, et 15 m² par personne en espace collectif bruyant (notamment si les tâches impliquent des communications téléphoniques).
  • Allées de circulation : 80 cm de largeur minimum pour permettre le passage d’une personne, couloir central recommandé pour fluidifier les déplacements.

Au-delà des normes, la bonne pratique est le zoning intelligent : délimiter des espaces distincts selon les modes de travail. Un modèle fréquemment utilisé propose une répartition :

  • 60 % d’espaces de concentration (postes individuels, calmes).
  • 30 % d’espaces collaboratifs (tables de réunion informelles, zones d’échange).
  • 10 % d’espaces de détente (coins de repos, mobilier décontracté).

Ces chiffres sont indicatifs : ils doivent être ajusté selon la nature des activités exercées. Une équipe commerciale n’a pas les mêmes besoins qu’un service comptabilité ou une cellule de développement logiciel. C’est précisément là que l’analyse du travail réel fait la différence.

3. Le mobilier ergonomique : au-delà de la chaise réglable

Quand on parle d’ergonomie en open space, beaucoup d’employeurs pensent immédiatement au siège. C’est nécessaire, mais loin d’être suffisant. L’ensemble du poste de travail doit être pensé pour permettre des postures variées et réduire les contraintes physiques répétées (principale cause de TMS).

Les équipements à privilégier pour un mobilier ergonomique adapté en bureau partagé :

  • Bureau réglable en hauteur : permet d’alterner entre position assise et debout, réduisant la sédentarité et les douleurs lombaires. Particulièrement utile en open space où plusieurs personnes peuvent partager un poste.
  • Siège réglable : soutien lombaire réglable, hauteur d’assise ajustable, accoudoirs 4D, profondeur d’assise adaptable. Un siège qui ne s’adapte pas à la morphologie de son utilisateur n’est pas « ergonomique », quelle que soit son étiquette.
  • Écran ajustable : hauteur du haut de l’écran à hauteur des yeux, distance de 50 à 70 cm du visage, inclinaison légère vers l’arrière. En open space, les bras articulés sont souvent plus adaptés que les pieds fixes, car ils libèrent l’espace du bureau.
  • Clavier et souris positionnés de façon à maintenir les avant-bras à l’horizontale et les poignets dans l’axe, pour éviter les TMS au membre supérieur.

L’INRS signale que le travail sur écran peut générer à la fois des TMS et une fatigue visuelle significative, notamment lorsque l’éclairage et la disposition de l’écran ne sont pas adaptés.

4. La lumière : naturelle avant tout, artificielle avec méthode

La lumière naturelle est le meilleur allié du bien-être en open space, et aussi l’un des points les plus mal gérés.

Deux erreurs reviennent régulièrement :

  • Éloigner les postes des fenêtres pour optimiser la surface : au-delà de 6 mètres d’une fenêtre, l’apport de lumière naturelle est considéré comme nul.
  • Orienter les écrans face aux fenêtres ou dos aux fenêtres : dans les deux cas, reflets ou contre-jours entraînent une fatigue visuelle accélérée.

La recommandation de l’INRS est de combiner un éclairage général homogène avec des points de lumière individuels à chaque poste, pour adapter l’intensité aux besoins de chacun. Les stores ou films anti-éblouissement sur les baies vitrées permettent de moduler la lumière naturelle sans la supprimer.

La norme NF EN 12646-1 de l’AFNOR fixe les niveaux d’éclairage recommandés selon les tâches visuelles exercées. Un bureau où l’on lit et rédige beaucoup n’a pas les mêmes besoins qu’un espace de réunion informelle.

5. Les espaces tampons

Un open space qui ne propose que des postes de travail ouverts est un open space incomplet. Pour que le modèle fonctionne, il faut impérativement prévoir des espaces alternatifs permettant aux collaborateurs de s’extraire du plateau et réduire le bruit au travail quand la situation l’exige.

  • Cabines acoustiques (phonebooths) : pour les appels téléphoniques, les visioconférences et les tâches nécessitant une concentration intense. Indispensables dès que le plateau accueille plus de 10 personnes.
  • Espaces de repos distincts : un espace de détente distinct du plateau de travail, avec un mobilier différent, permet une vraie coupure et réduit la fatigue cognitive accumulée en cours de journée.
  • Zones tampons visuelles : végétation, cloisons basses, bibliothèques ou panneaux acoustiques créent des séparations douces qui réduisent la sensation de surveillance mutuelle sans fermer l’espace.

Ces espaces ne sont pas des dépenses superflues : ils réduisent directement la gêne acoustique, les interruptions non souhaitées et le sentiment de perte d’intimité, trois facteurs majeurs de risques psychosociaux en open space.

Principales normes applicables à l'aménagement des bureaux en France

Objet
Exigence principale
NF X 35-102 (AFNOR)
Surface par poste en bureau collectif
15 m² par personne en espace bruyant ; 10 m² minimum
NF S 31-199 (AFNOR/INRS)
Acoustique des espaces de bureaux ouverts
Référence pour évaluer et améliorer l'acoustique d'un open space
NF EN 12646-1 (AFNOR)
Éclairage des lieux de travail intérieurs
Niveaux d'éclairement adaptés selon les tâches visuelles
Code du travail – Art. R. 4213-5
Prévention du risque bruit au travail
Évaluation obligatoire de l'exposition, actions si seuils dépassés
Code du travail – Art. R. 4431-1 à R. 4437-4
Réglementation bruit au travail
Obligations employeur selon niveaux d'exposition

Quels sont les apports de l'ergonomie en open space ?

L'impact sur la santé des collaborateurs

Un aménagement des bureaux mal pensé ne génère pas seulement de l’inconfort : il produit des coûts mesurables pour l’entreprise.

Les TMS (troubles musculosquelettiques) sont la première cause de maladies professionnelles reconnues en France. Selon les données de l’Assurance Maladie et de l’INRS, ils représentent des dizaines de milliers de cas reconnus chaque année, tous secteurs confondus. En open space, les postes mal configurés, le travail statique prolongé et l’absence de mobilier adapté sont des facteurs aggravants directs.

Les risques psychosociaux (RPS) peuvent, eux aussi, être directement exacerbés par un mauvais aménagement en open space : bruit chronique, perte d’intimité, sentiment de surveillance, interruptions fréquentes non contrôlées. Les RPS peuvent avoir des conséquences sérieuses sur la santé : maladies cardiovasculaires, troubles anxio-dépressifs, épuisement professionnel. Ces conséquences se traduisent concrètement par de l’absentéisme, du présentéisme inefficace et du turnover.

L'impact sur la productivité et l'attractivité

L’argument économique est souvent utilisé pour justifier l’open space (réduction des m², mutualisation du mobilier). Il est rarement mobilisé pour justifier son optimisation. 

Un open space bien conçu sur le plan de l’ergonomie réduit les interruptions de travail, limite les erreurs liées à la fatigue et à la distraction, et contribue à un niveau de satisfaction au travail plus élevé. Ces facteurs ont un effet direct sur la performance individuelle et collective.

La qualité de vie au travail (QVT) est également devenue un critère d’attractivité pour les candidats, notamment depuis la généralisation du télétravail. Un collaborateur qui dispose d’un espace de travail pensé pour sa santé et son confort a davantage de raisons de rester que celui qui passe ses journées à lutter contre le bruit avec des écouteurs vissés sur les oreilles.

Quand faire appel à un ergonome pour son open space ?

Les bonnes pratiques décrites dans cet article permettent d’identifier les problèmes et orienter les décisions. Mais il faut pouvoir les mettre en œuvre efficacement, en tenant compte de votre organisation, de vos métiers, de vos contraintes et de vos équipes.

Un ergonome intervient dans les situations suivantes :

  • Création de locaux ou déménagement ou ré-aménagement des bureaux : avant de valider un plan d’architecte ou de choisir du mobilier, l’analyse ergonomique permet d’anticiper les problèmes plutôt que de les corriger après coup.
  • Passage au flex office : ce modèle amplifie les enjeux ergonomiques, puisque les postes ne sont plus attitrés. Sans analyse préalable, il est quasi impossible de garantir un aménagement adapté à la diversité des profils et des tâches.
  • Signaux faibles récurrents : plaintes répétées sur le bruit, hausse des arrêts maladie, baisse de concentration ou de productivité, tensions dans les équipes liées à l’espace. Ces signaux indiquent qu’il y a un problème d’aménagement avant même d’être un problème humain.
  • Solutions « catalogue » sans résultat : vous avez changé le mobilier ergonomique, installé des panneaux acoustiques, mis des plantes… et rien n’a vraiment changé. C’est souvent le signe que la cause profonde n’a pas été identifiée.

La démarche ergonomique suit le même schéma : 

  • Observation du travail réel : qui fait quoi, quand, comment, avec qui. Les plans sur papier ne racontent pas tout.
  • Recueil des ressentis des salariés de façon structurée, via des entretiens ou des questionnaires.
  • Préconisations adaptées à votre organisation. Chaque entreprise, chaque équipe, chaque activité ont leurs spécificités.

C’est là la différence essentielle avec un conseil en aménagement ou un architecte d’intérieur : l’ergonome part du travail pour concevoir l’espace, pas l’inverse.

Conclusion

L’ergonomie en open space n’est pas une case à cocher dans un cahier des charges : c’est une approche qui conditionne la santé, la performance et la fidélisation de vos équipes.

Les normes existent, les outils aussi, et les solutions sont souvent plus accessibles qu’on ne le croit, à condition de partir du bon point de départ : le travail réel des personnes qui occupent ces espaces.

Si vous vous posez des questions sur l’aménagement de vos espaces de travail, que ce soit pour un réaménagement à venir, pour répondre à des signaux d’alerte ou simplement pour comprendre ce qui ne fonctionne pas, un accompagnement ergo peut répondre à vos questions.

Pas pour imposer un modèle standardisé, mais pour construire avec vous une solution qui correspond à votre réalité.

Un open space qui fonctionne vraiment pour les équipes, c’est possible. Il faut juste commencer par regarder ce qui s’y passe réellement.

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