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TMS au travail, comment les éviter ?

Les TMS sont devenus la première cause de maladie professionnelle en France. Un mal de dos qui traîne depuis des mois, un poignet qui tire en fin de journée, une épaule qui bloque après une répétition de gestes identiques : ces situations, présentes dans presque toutes les entreprises, ne sont pas anodines. Elles portent un nom précis et des causes identifiables. Cet article explique ce que sont réellement les TMS, pourquoi ils concernent tous les secteurs et comment les repérer avant qu’ils ne deviennent un problème structurel pour l’organisation.

Qu'est-ce qu'un TMS ?

Un TMS, ou trouble musculo-squelettique, désigne une atteinte des muscles, des os, des tendons/ligaments, des nerfs ou des articulations. Selon l’INRS, ces troubles musculo-squelettiques touchent principalement le dos et les membres supérieurs, comme le cou, les épaules ou les poignets. Ils se traduisent d’abord par une gêne, puis par une douleur, et peuvent évoluer vers une limitation durable des capacités si rien n’est fait.

Ce qui distingue un TMS d’une douleur ordinaire, c’est sa répétition et son lien avec une sollicitation excessive du corps. Une douleur isolée après un effort inhabituel n’est pas un TMS. Une douleur qui revient chaque semaine, toujours au même endroit, dans le cadre d’une activité professionnelle répétée, en est souvent un.

Sur le plan physiologique, le mécanisme est assez simple à comprendre. Un geste répétitif, une posture maintenue pendant ou une charge portée de façon répétée créent des micro-lésions. Le corps a besoin de temps pour réparer ces micro-lésions. Quand la sollicitation revient avant que la réparation soit terminée, les tissus s’irritent, s’enflamment, puis se fragilisent durablement. C’est cette accumulation, invisible au départ, qui transforme une simple gêne en trouble installé.

Les zones du corps les plus touchées

Les troubles musculo-squelettiques ne se limitent pas au dos. Ils concernent aussi :

  • Les épaules, très sollicitées lors des gestes répétitifs ou du travail bras levés
  • Les poignets et les mains, notamment lors de tâches de préhension ou de saisie répétée
  • Les coudes, exposés aux mouvements de torsion et de traction
  • La nuque, particulièrement affectée par le travail prolongé sur écran

Ces zones ne sont pas propres à un métier en particulier. On les retrouve aussi bien chez un ouvrier en logistique que chez une personne qui travaille huit heures par jour derrière un ordinateur.

TMS aigu vs TMS chronique

Un TMS peut être aigu, c’est-à-dire apparaître brutalement après une sollicitation intense, ou chronique, lorsqu’il s’installe progressivement sur plusieurs mois voire plusieurs années. La phase aiguë est réversible dans la majorité des cas, à condition d’agir rapidement sur la cause. La phase chronique, en revanche, peut entraîner des lésions plus difficiles à traiter et des arrêts de travail prolongés. C’est cette progression silencieuse qui rend les TMS particulièrement complexes à gérer en entreprise : la douleur s’installe avant que quiconque ne réagisse.

Les troubles musculo-squelettiques liés au travail

Les troubles musculo-squelettiques liés au travail ne sont pas un phénomène marginal. Selon l’Assurance Maladie, les TMS ont augmenté de 6,7 % entre 2023 et 2024 et représentent aujourd’hui 90 % des maladies professionnelles reconnues en France. Le mal de dos, à lui seul, représente 22 % des accidents du travail.

Plusieurs facteurs expliquent cette progression :

  • La répétitivité des gestes, qui use progressivement le corps
  • Le port de charges lourdes ou mal réparties
  • Les postures contraignantes maintenues sur de longues périodes
  • Les vibrations transmises par certains outils ou machines
  • Des cadences de travail qui laissent peu de place à la récupération

Un facteur est souvent oublié dans les discussions sur les TMS : l’organisation du travail elle-même. Un poste mal conçu, des objectifs de production irréalistes ou une charge mentale élevée augmentent la tension musculaire et favorisent l’apparition de troubles, même en l’absence d’effort physique intense. Le corps réagit aussi au stress organisationnel, pas seulement à l’effort physique.

Les secteurs les plus exposés

L’industrie, le BTP, la logistique et la santé restent des secteurs particulièrement touchés par les TMS, en raison de la manutention et des gestes répétitifs qu’ils impliquent. Mais un cliché persiste : celui qui limite les TMS aux métiers manuels. Or les postes du secteur tertiaire, en particulier depuis la généralisation du télétravail et du travail prolongé sur écran, génèrent eux aussi des troubles musculo-squelettiques significatifs, notamment au niveau de la nuque, des épaules et des poignets.

L’installation à domicile joue un rôle important dans cette évolution. Une chaise inadaptée, un écran positionné trop bas, un clavier trop éloigné : ces détails, souvent laissés de côté lors de la mise en place du télétravail, deviennent des sources de sollicitation prolongée pour les articulations et les muscles concernés. À l’inverse d’un poste industriel où le risque est visible et documenté depuis longtemps, le poste de bureau reste encore trop souvent perçu comme sans danger, alors même que la sédentarité prolongée et les postures figées constituent des facteurs de risque à part entière.

Que dit le baromètre Santé publique France ?

Les chiffres issus du baromètre de Santé publique France donnent une idée de l’ampleur réelle du phénomène : près de 60 % des femmes et plus de 50 % des hommes déclarent des douleurs liées aux TMS du dos ou du membre supérieur. Chez les seuls actifs occupés, ces proportions grimpent encore, avec 60 % des femmes et 54 % des hommes concernés.

Pour un dirigeant, cette donnée change la lecture du sujet. Il ne s’agit pas d’un problème individuel isolé à quelques postes, mais d’un phénomène qui touche potentiellement une large part des effectifs, quel que soit le secteur d’activité.

Exemple de TMS : les pathologies les plus fréquentes en entreprise

Pour rendre la notion de TMS plus concrète, voici un exemple pour chaque zone du corps la plus fréquemment concernée en milieu professionnel.

Le syndrome du canal carpien touche le poignet et se manifeste par des fourmillements, un engourdissement ou une perte de force dans la main. Il est fréquent chez les personnes qui répètent des gestes de préhension ou de frappe au clavier.

La tendinite de l’épaule (ou de la coiffe des rotateurs) apparaît souvent chez les personnes qui travaillent bras levés ou qui répètent des mouvements de rotation, comme dans la manutention ou certains postes industriels.

La lombalgie, caractérisée par des douleurs dans le bas du dos, reste l’un des TMS les plus répandus. Elle est liée au port de charges, aux postures assises prolongées ou aux mouvements de flexion répétés.

L’épicondylite, aussi appelée tennis elbow, touche le coude et résulte de mouvements répétés de préhension ou de torsion du poignet.

La cervicalgie, quant à elle, se développe fréquemment chez les personnes qui travaillent longtemps devant un écran, en raison d’une posture de la tête maintenue vers l’avant.

Type de TMS
Zone touchée
Métiers ou situations à risque
Syndrome du canal carpien
Poignet, main
Saisie informatique, travaux de précision, caisse
Tendinite de l'épaule
Épaule
Manutention, peinture, travail bras levés
Lombalgie
Bas du dos
Port de charges, station assise prolongée, chauffeurs
Épicondylite
Coude
Travaux répétitifs, visserie, bricolage professionnel
Cervicalgie
Nuque, cervicales
Travail sur écran, postures figées prolongées

Chaque TMS a une origine identifiable dans l’organisation ou l’aménagement du poste de travail. Ce n’est jamais le fruit du hasard.

Ces pathologies ne touchent pas tous les profils de la même manière. Les données de Santé publique France montrent une prévalence plus élevée chez les femmes, avec 47 % de lombalgies déclarées contre 40 % chez les hommes, et une différence similaire pour les troubles du membre supérieur. Cet écart s’explique en partie par la répartition des métiers entre les sexes, certains secteurs très féminisés, comme le nettoyage, la santé ou l’agroalimentaire, cumulant plusieurs facteurs de risque en même temps : gestes répétitifs, cadences soutenues et port de charges répété.

Comment reconnaître les signaux avant l'arrêt de travail

Les TMS envoient des signaux avant de devenir invalidants. Une douleur qui persiste après une nuit de repos, une gêne récurrente en fin de journée toujours localisée au même endroit, une perte de force ou de mobilité dans un geste habituel : ce sont des indices qui méritent d’être pris au sérieux, aussi bien par le salarié que par son entourage professionnel.

Dans la pratique, ces signaux sont souvent minimisés. La douleur au travail est encore perçue comme une fatalité liée au métier, quelque chose qu’il faudrait accepter plutôt que traiter. Cette minimisation retarde le repérage et laisse le trouble s’installer, avec un risque accru de passage à la chronicité.

Le rôle du management et des ressources humaines est déterminant. Un encadrement attentif aux plaintes récurrentes, même formulées de façon informelle, permet d’agir avant que la situation ne débouche sur un arrêt de travail.

Le coût invisible pour l'entreprise

Les TMS ne pèsent pas seulement sur la santé des salariés. Ils génèrent de l’absentéisme, du turnover, une perte de productivité et une désorganisation des équipes lorsqu’un poste doit être compensé en urgence. Selon Ameli Entreprise, leur coût annuel direct pour les entreprises françaises s’élève à près de deux milliards d’euros, financés à travers les cotisations accidents du travail et maladies professionnelles.

Ce montant ne couvre pourtant que la partie visible du problème. Il ne comprend ni le temps passé à recruter et former un remplaçant, ni la perte de savoir-faire, ni la désorganisation d’une équipe pendant l’absence d’un collègue. La même source précise que près de la moitié des personnes touchées par un TMS conservent des séquelles, avec un risque réel de désinsertion professionnelle pour les cas les plus sévères. Le coût réel supporté par l’entreprise dépasse donc largement la ligne comptable des cotisations.

Le cadre réglementaire : ce que l'employeur doit savoir

La prévention des troubles musculo-squelettiques n’est pas une option laissée à la discrétion de chaque entreprise. Le Code du travail impose à l’employeur une obligation de sécurité qui inclut la prévention des risques professionnels, dont les TMS font partie intégrante. Concrètement, cette obligation se traduit par plusieurs exigences.

Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), doit recenser les postes exposés à des facteurs de risque de troubles musculo-squelettiques : gestes répétitifs, port de charges, postures contraignantes, vibrations. Cette évaluation doit être mise à jour régulièrement et déboucher sur un plan d’action concret, pas seulement sur une liste de constats.

Au-delà de l’obligation documentaire, l’employeur reste responsable de la mise en œuvre de mesures de prévention adaptées. En cas de manquement identifié, sa responsabilité peut être engagée, notamment en cas de reconnaissance d’une faute inexcusable lorsqu’un salarié développe un TMS dans des conditions de travail connues comme à risque. Ce cadre réglementaire n’est pas qu’une contrainte administrative : il pousse les entreprises à formaliser une démarche de prévention qui, bien menée, profite autant aux salariés qu’à l’organisation.

Les représentants du personnel, lorsque le comité social et économique existe dans l’entreprise, jouent également un rôle dans le suivi de ces obligations. Ils peuvent être consultés sur les projets d’aménagement de poste, alerter sur des situations de travail dégradées et demander des expertises complémentaires en cas de risque avéré pour la santé des salariés. Associer ces acteurs à la démarche de prévention, plutôt que de la conduire uniquement depuis la direction, renforce généralement l’adhésion des équipes aux mesures mises en place.

Comment prévenir les TMS ?

Face aux TMS, de nombreuses entreprises se tournent vers des solutions rapides : un coussin ergonomique distribué à tous, une séance de stretching organisée une fois par trimestre, une affiche de sensibilisation dans la salle de pause. Ces initiatives partent d’une bonne intention, mais elles traitent rarement la cause réelle du trouble.

Une prévention efficace des TMS repose sur l’analyse concrète du poste de travail : observer les gestes réellement effectués, comprendre l’organisation des tâches, échanger avec les personnes concernées. C’est cette étape d’observation qui permet d’identifier ce qui, dans l’environnement de travail, génère la sollicitation excessive à l’origine du trouble.

Une fois cette analyse faite, plusieurs leviers peuvent être actionnés : l’aménagement du poste, la réorganisation des tâches, la rotation entre postes exposés et postes moins sollicitants, ou encore la formation aux gestes adaptés à chaque situation spécifique. Aucun de ces leviers n’est efficace isolément si le diagnostic initial fait défaut.

Dans la pratique, une démarche de prévention structurée suit généralement plusieurs étapes. L’observation des postes de travail permet de repérer les gestes, les postures et les cadences réellement en jeu, au-delà de la description théorique du poste. Des entretiens avec les salariés concernés complètent cette observation, car ils apportent des informations que l’analyse seule ne révèle pas toujours, comme la fatigue ressentie en fin de journée ou les compensations posturales adoptées sans même en avoir conscience. Vient ensuite la restitution des constats, suivie de la construction d’un plan d’action réaliste, avec des mesures priorisées selon leur impact et leur faisabilité. Le suivi dans le temps reste une étape souvent négligée, alors qu’il permet de vérifier que les ajustements mis en place produisent réellement l’effet attendu sur le terrain.

Pourquoi un diagnostic ergonomique change la donne face aux TMS ?

La différence entre une entreprise qui subit des TMS année après année et une entreprise qui parvient à les réduire durablement tient souvent à une seule chose : le diagnostic. Un ergonome n’intervient pas pour distribuer du matériel ou des conseils génériques. Son rôle est d’analyser la situation de travail réelle, d’identifier les facteurs de risque propres à chaque poste et de proposer des ajustements adaptés à l’activité concrète des salariés, plutôt qu’à une norme théorique.

Cette approche évite deux écueils fréquents : investir dans du matériel inadapté qui ne résout rien, ou faire peser la responsabilité des TMS sur les salariés eux-mêmes, alors que la cause se trouve la plupart du temps dans l’organisation du travail. Adapter le poste à la personne, plutôt que l’inverse, reste la méthode la plus fiable pour réduire durablement les TMS dans une entreprise, quel que soit son secteur d’activité.

Un autre avantage de cette démarche concerne sa portée. Une intervention ergonomique menée sur un poste identifié comme problématique ne bénéficie pas qu’à un seul salarié. Les ajustements apportés, qu’il s’agisse d’un aménagement de mobilier, d’une réorganisation des tâches ou d’une modification des cadences, profitent en général à l’ensemble des personnes qui occupent ce poste ou un poste similaire, y compris celles qui n’ont pas encore développé de symptômes. La prévention devient alors collective plutôt qu’individuelle, ce qui explique pourquoi les entreprises qui investissent dans un diagnostic sérieux constatent des effets durables, bien au-delà du cas qui a déclenché la demande initiale.

Conclusion

Les TMS ne sont pas une fatalité liée à un métier ou à un âge. Ce sont des signaux d’alerte sur l’organisation du travail, qui touchent aujourd’hui une large part des actifs, dans tous les secteurs. Les repérer tôt, comprendre leurs causes réelles et s’appuyer sur un diagnostic précis permet d’éviter la chronicisation et les coûts qui en découlent pour l’entreprise. Une évaluation ergonomique du poste reste, à ce jour, l’approche la plus fiable pour transformer ce constat en actions durables.

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