



Les exosquelettes sont de plus en plus présents sur les salons professionnels et dans les solutions présentées pour contrer la pénibilité au travail. On les présente comme LA réponse aux troubles musculo-squelettiques (TMS), qui reste la première cause de maladie professionnelle reconnue en France. Mais entre l’objet qui fait rêver et la réalité du terrain, il y a parfois un écart considérable.
Un exosquelette TMS, c’est du concret : des études existent, des entreprises en ont acheté, des salariés en portent (ou refusent de les porter). Et c’est justement là que tout se joue. Parce que se demander « est-ce que ça marche ? » est une bonne question, mais la vraie question, c’est : est-ce que ça marche pour votre situation ?
Dans cet article, on passe en revue ce que la science dit, ce que le terrain montre, pourquoi tant d’exosquelettes finissent au fond d’un placard, et comment faire les choses dans le bon ordre.
Un exosquelette, ou dispositif d’assistance physique (DAP) est une structure externe portée par l’utilisateur, conçue pour redistribuer les contraintes mécaniques et soulager les muscles sollicités lors de tâches physiquement exigeantes. Il ne remplace pas l’humain, il l’accompagne dans son effort.
Il existe deux grandes familles :
Un exosquelette cible généralement une zones du corps ou un type de mouvement, bien que des modèles à plusieurs assistances commencent à voir le jour :
L’efficacité d’un exosquelette n’est pas une promesse marketing : il y a des données sérieuses. Mais ces données viennent avec des nuances que les commerciaux omettent souvent de mentionner.
Les exosquelettes passifs « dos » réduisent l’effort des muscles lombaires de 10 à 40 % en moyenne lors de tâches de manutention effectuées dans le plan sagittal (mouvement d’avant en arrière).
Ces mêmes dispositifs réduisent les forces de compression sur les vertèbres lombaires de 23 à 29 %.
Pour les membres supérieurs (travaux en hauteur, ponçage de plafond) : une réduction pouvant atteindre -50 % de l’effort au niveau des muscles des épaules a été constatée sur le terrain. Les travailleurs ont également rapporté des postures moins contraignantes et la disparition de certaines douleurs.
Le port d’un exosquelette n’augmente pas significativement la fréquence cardiaque (c’est à dire pas plus d’effort), contrairement à ce que certains craignaient.
L’efficacité est directement dépendante des conditions de réalisation de la tâche : elle varie selon le caractère statique ou dynamique du mouvement, l’axe de déplacement, le degré d’inclinaison du tronc, et le poids de la charge manutentionnée.
En clair : un exosquelette peut très bien fonctionner sur une tâche et être inutile, voire contre-productif, sur une autre.
Un risque peu connu : une assistance trop importante peut entraîner une augmentation de l’activité des muscles abdominaux. Ce phénomène compensatoire pourrait à terme aller à l’encontre de la prévention des lombalgies.
Pour les exosquelettes actifs : les capteurs d’effort introduisent un temps de latence. Il arrive que le travailleur doit d’abord forcer sur l’articulation avant que le moteur réagisse, ce qui est ressenti comme une résistance inconfortable.
D’autres effets potentiels (sur l’ensemble de la chaîne posturale, la fatigue musculaire à la journée, les frottements cutanés) restent encore insuffisamment documentés faute d’études à grande échelle sur le terrain.
Un exosquelette TMS peut être une aide réelle. Mais ses bénéfices ne sont pas automatiques.
Ils dépendent du type de tâche, du dispositif choisi, de la morphologie de l’utilisateur, et des conditions réelles de travail.
Les TMS représentent plus de 90 % des maladies professionnelles reconnues en France. C’est colossal. Et cette réalité crée une pression compréhensible sur les employeurs : agir vite, montrer qu’on fait quelque chose, réduire le risque.
Résultat : certaines entreprises achètent un exosquelette avant même d’avoir analysé leur situation de travail. C’est là que tout déraille.
Les erreurs les plus fréquentes :
À titre d’illustration : il reste aujourd’hui difficile d’obtenir des chiffres précis sur le nombre d’exosquelettes réellement portés quotidiennement en France. L’INRS note que leur présence demeure l’exception sur le terrain.
Il existe une norme AFNOR (NF X35-800) qui définit une méthode d’intégration des exosquelettes en entreprise. Cette norme a le mérite de mettre les choses dans le bon ordre. En voici les grandes étapes :
Sans la première étape, toutes les autres sont fragilisées. Et l’étude ergonomique, c’est le travail d’un ergonome : pas pour valider un achat déjà réalisé, mais pour vous aider à décider si l’exosquelette est seulement la bonne réponse à votre problème.
Un ergonome consultant intervient en amont : il analyse les situations de travail, identifie les vraies sources de pénibilité, et vous donne des recommandations adaptées à votre réalité, pas à un catalogue de solutions génériques. C’est cette démarche qui fait la différence entre un exosquelette utilisé et un exosquelette oublié.
L’exosquelette est un outil parmi d’autres dans la prévention des troubles musculo-squelettiques. Il peut être pertinent dans certains cas, et totalement superflu dans d’autres.
Il existe d’autres leviers, souvent plus efficaces et moins coûteux :
Un point réglementaire important : l’article L4121-3 du Code du Travail impose à tout employeur d’évaluer les risques professionnels dans son entreprise. L’achat d’un exosquelette seul ne remplit pas cette obligation. Une démarche d’évaluation et de prévention structurée reste indispensable.
C’est pour ça qu’un ergonome consultant ne vient pas avec une solution dans sa valise. Il vient avec une méthode : observer, analyser, comprendre ce qui se passe vraiment dans votre entreprise, puis recommander les actions les plus utiles pour votre situation.
Un exosquelette TMS peut être une vraie solution, à condition qu’il soit choisi pour les bonnes raisons, adapté à la bonne tâche, et intégré dans une démarche ergonomique globale. L’acheter parce que c’est « innovant » ou parce qu’un commercial a bien vendu sa solution, c’est le meilleur moyen de gaspiller un budget et de démotiver vos équipes.
Avant d’investir, posez-vous une question simple : avez-vous déjà analysé pourquoi vos salariés ont mal ? Quels gestes, quelles postures, quelle organisation du travail sont en cause ? Si la réponse est non, commencez par là.
C’est exactement ce que fait un ergonome consultant : pas vendre une solution, mais comprendre votre situation pour vous aider à trouver la bonne. Parfois, c’est un exosquelette. Souvent, c’est autre chose. Dans les deux cas, la méthode fait toute la différence.
Vous vous interrogez sur la pénibilité dans votre entreprise ?
Un diagnostic ergonomique, c’est le point de départ, avant tout investissement matériel.

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